Il y a des combats qui se gagnent dans les fermes avant de se gagner dans les marchés. Le Gabon l’a compris, et son gouvernement a décidé de descendre dans l’arène de l’élevage basé sur la filière porcine avec la détermination d’un pays qui ne veut plus dépendre des autres pour nourrir ses propres enfants. Deuxième viande la plus consommée sur le territoire national, le porc occupe une place de choix dans l’assiette des Gabonais. Pourtant, cette réalité culinaire cache une plaie économique béante : chaque année, le pays importe pas moins de 18 000 tonnes de viande porcine, pour une facture astronomique de 18 milliards de francs CFA. Une hémorragie financière que l’exécutif entend cautériser une bonne fois pour toutes.
La filière porcine gabonaise ressemble aujourd’hui à un géant endormi sur un trésor qu’il ne sait pas encore exploiter. Dominée par l’élevage traditionnel, structurée autour de quelques acteurs majeurs comme les entreprises SanGel et Sipagel, elle tourne en deçà de son potentiel réel, comme un moteur puissant bridé par l’absence d’entretien. Le parc national compte environ 40 000 têtes, réparties principalement dans l’Estuaire, la Ngounié et le Woleu-Ntem, des chiffres encore approximatifs tant le recensement reste en cours. Face à ce tableau, le ministre en charge de l’Élevage a sonné le clairon de la modernisation : mieux structurer la filière, l’arracher à ses habitudes ancestrales et la propulser vers une logique industrielle et compétitive.
L’ambition gouvernementale ne s’arrête pas à la simple amélioration de la production. Elle vise l’horizon le plus audacieux qui soit : interdire à terme les importations de viande porcine et atteindre l’autosuffisance totale. Un pari qui peut sembler titanesque, mais que les chiffres rendent parfaitement rationnel. Les experts sont formels : bien géré, le porc est l’une des entreprises d’élevage les plus rentables qui soient. Avec un fort potentiel de reproduction et des cycles de croissance rapides, il offre aux éleveurs des revenus considérables tout en semant des emplois dans des territoires ruraux souvent laissés pour compte. La filière porcine n’est donc pas seulement une question de viande : c’est un levier de développement économique local, un outil de réduction des inégalités territoriales et un instrument de souveraineté nationale.
Pour accompagner cette transformation, le Gabon peut compter sur un allié de taille : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, dont le soutien a déjà permis l’implantation de plusieurs petites unités d’élevage porcin à travers le pays. Ces premières pousses vertes annoncent une forêt productive. Il reste désormais à arroser, à cultiver et à récolter avec la constance que réclame toute ambition de souveraineté alimentaire durable.














