Il y a des victoires électorales qui portent en elles les germes de leur propre effondrement. Celle de Nicolas Isidore Moussotsi Moussavou au poste de 6e adjoint au maire de Libreville ressemble de plus en plus à ce type de construction fragile, bâtie sur un terrain juridique instable que le Conseil d’État vient de faire trembler. L’avis rendu récemment par la plus haute juridiction administrative du pays, à la suite de la saisine de l’ancien ministre de l’Intérieur Hermann Immongault, agit comme un séisme silencieux dont les répliques risquent de redistribuer les cartes au sein du conseil municipal de la capitale gabonaise.
Tout commence en novembre dernier, lors d’un scrutin municipal qui avait déjà les allures d’un roman politique à rebondissements. Nicolas Isidore Moussotsi Moussavou, exclu du Parti démocratique gabonais, s’était présenté au poste de 6e adjoint au maire avec le soutien décisif des conseillers de l’Union démocratique des bâtisseurs. Une alliance de circonstance qui lui avait permis de souffler la victoire au candidat officiellement investi par le PDG, Jean-Félix Makindey Nze Nguema. Un coup de théâtre dans l’hémicycle municipal, applaudi par les uns, contesté par les autres, et finalement soumis à l’arbitrage du droit.
C’est précisément cet arbitrage que le Conseil d’État vient de rendre avec la netteté d’un verdict sans appel. Saisi aux fins d’interprétation des dispositions de l’article 270 du Code électoral, il a conclu que la situation née de cette élection tombe sous le coup de ces mêmes dispositions. La conséquence est aussi logique qu’implacable : Nicolas Isidore Moussotsi Moussavou devrait perdre son mandat de conseiller municipal et, par effet domino, les responsabilités qui en découlent. Son fauteuil de 6e adjoint, conquis dans les remous d’une bataille politique serrée, se retrouve aujourd’hui suspendu au fil fragile d’une procédure de nouvelle élection que le gouvernement est désormais appelé à organiser.
Du côté de la rue Jean-Baptiste Ndende, là où bat le cœur administratif de la mairie de Libreville, on assure être « parfaitement au fait de la situation ». Les services compétents indiquent que tout sera mis en œuvre dans les tout prochains jours pour se conformer à l’avis de la juridiction administrative suprême. Les mots sont mesurés, le ton est posé, mais l’urgence affleure entre les lignes comme une rivière qui cherche son chemin.
Cette affaire dépasse largement le cadre d’une querelle de postes municipaux. Elle illustre avec une clarté crue les tensions qui traversent encore le paysage politique gabonais, entre anciennes appartenances partisanes, nouvelles alliances de circonstance et impératifs du droit. La prochaine élection du 6e adjoint au maire de Libreville s’annonce donc comme un nouveau test de maturité institutionnelle pour la capitale. Le droit a parlé. Il reste à voir si la politique saura l’écouter.














