Il y a des affaires qui font trembler les fondations mêmes de l’État de droit. Celle qui vient d’éclater à Lambaréné, chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué, appartient résolument à cette catégorie. Trois gendarmes, hommes en uniforme chargés par la République de protéger les citoyens et de faire respecter la loi, ont été arrêtés par leurs propres collègues policiers pour trafic de stupéfiants. Une arrestation qui a failli passer sous silence, comme si la honte du scandale commandait le silence, mais que les sources militaires proches des instances judiciaires ont fini par confirmer avec une gravité qui dit tout de la profondeur du problème.
Car ce n’est pas une simple bavure isolée que révèle cette affaire. C’est le symptôme inquiétant d’une gangrène qui s’installe, lentement mais sûrement, dans les rangs des forces de l’ordre gabonaises. L’implication des Officiers de police judiciaire dans des réseaux de trafic de stupéfiants semble suivre une courbe ascendante que ni les sanctions passées ni les mesures disciplinaires des ministères sécuritaires n’ont réussi à inverser. Le phénomène s’enracine comme une mauvaise herbe qui repousse sitôt arrachée, défiant les institutions et mettant à rude épreuve la crédibilité des forces de sécurité nationale.
La quantité de drogue saisie dans cette affaire de trois gendarmes aurait de quoi donner le vertige. D’après des sources militaires proches du dossier, il s’agirait d’un stock considérable, présenté par certains comme l’une des plus importantes quantités jamais interceptées dans ce type de réseau impliquant des éléments en tenue. Un chiffre qui transforme ce qui aurait pu n’être qu’un incident disciplinaire en affaire criminelle majeure, aux ramifications potentiellement profondes dans le tissu sécuritaire de la province du Moyen-Ogooué et au-delà.
La réponse institutionnelle a été immédiate et sans ambiguïté. Une jonction de procédure a été aussitôt diligentée, aboutissant à la mise à disposition des trois pandores présumés trafiquants auprès de la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire, le redouté B2. Les mis en cause sont actuellement en garde à vue pendant que les investigations s’emploient à démêler l’écheveau des complicités et à mesurer l’étendue réelle du réseau. Une chose est certaine : derrière les uniformes de la République, des hommes ont trahi leur serment. Et la justice, cette fois, semble décidée à regarder la vérité en face.














