Il suffit parfois d’une liste de la SEEG pour faire tomber des décennies de masques. Celle que vient de publier cette structure publique est de ces documents rares qui font plus de bruit que n’importe quel discours politique. En quelques pages, elle révèle ce que les Gabonais ordinaires pressentaient sans pouvoir le prouver : pendant que leurs compteurs étaient coupés pour quelques milliers de francs d’arriéré, les dignitaires de l’ancien régime PDG dormaient à crédit dans leurs villas climatisées de la Sablière et d’Akanda, protégés par une immunité énergétique aussi invisible qu’indécente.
Les noms qui émergent de cette liste de la SEEG sonnent comme les chapitres d’une époque engloutie mais pas encore soldée. Bongo, Rogombé, Onanga Y’Obeghe, Matha, Moubelet, Ngondet : des patronymes qui ont longtemps fait plier les institutions se retrouvent aujourd’hui alignés dans une colonne de mauvais payeurs, entre deux entreprises ordinaires. Le comble du symbole appartient pourtant à Marie-Madeleine Mborantsuo, ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, gardienne jurée du respect du droit, qui traînerait elle-même une ardoise auprès d’un opérateur public. Celle qui jugeait la conformité des autres devra peut-être, à son tour, rendre des comptes à la République des factures.
Le secteur privé n’échappe pas à cette radiographie impitoyable. Cora Wood, Monoprix, l’hôtel Le Printemps, la Gabonaise de Chimie : des enseignes qui encaissent leurs propres clients avec ponctualité mais rechignent à honorer leurs dettes envers la SEEG. Un luxe que le simple citoyen, lui, ne peut se permettre sans voir son compteur condamné dans l’heure.
Le président Oligui Nguema a choisi la transparence comme arme politique. Le ministre de l’Énergie Philippe Tonangoye a fixé l’ultimatum : 45 jours pour régulariser, ou faire face à l’interdiction de sortie du territoire et aux poursuites judiciaires. Le message transcende la simple opération de recouvrement : dans le Gabon Nouveau, la lumière coûte le même prix pour tout le monde. Même pour ceux qui croyaient ne jamais recevoir leur facture.














