Il y a des interviews qui font l’effet d’une allumette jetée sur un baril de poudre. Celle accordée par Sylvia Bongo Valentin à France 24, dans laquelle l’ex-première dame accuse les autorités de Libreville de l’avoir « sauvagement torturée » aux côtés de son fils Nourredine Bongo Valentin, a déclenché une riposte gouvernementale aussi rapide que révélatrice. Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, est monté au créneau lors d’une conférence de presse, ce dimanche 08 mars 2026, qui a immédiatement enflammé le débat sur la liberté d’informer au Gabon.
Le ministre n’a pas mâché ses mots. Il a brandi la possibilité de bloquer la diffusion de certaines chaînes françaises sur le territoire national, si celles-ci continuaient, selon lui, de relayer des informations erronées, contraires aux intérêts du Gabon et de nature à déstabiliser les institutions de la Nation. Une menace qui sonne comme un avertissement solennel adressé non seulement à France 24, mais à l’ensemble des médias internationaux qui couvrent l’actualité gabonaise avec un regard que Libreville juge hostile. Couper le signal d’une chaîne internationale, c’est fermer une fenêtre sur le monde. C’est aussi envoyer un signal inquiétant sur la conception que le pouvoir se fait du droit à l’information.
Car cette sortie musclée relance avec une acuité douloureuse le débat sur les relations entre Libreville et certains médias internationaux. Dans un contexte politique particulièrement scruté depuis le coup d’État d’août 2023 et l’élection présidentielle d’avril 2025, chaque mot diffusé sur les antennes étrangères est pesé, analysé et parfois interprété comme une agression. La frontière entre la protection légitime de l’image d’un État et la volonté d’étouffer des accusations graves devient alors dangereusement floue.
Car la menace en filigrane de France 24 est celui qui glace le plus. Si les chaînes internationales, avec leurs ressources colossales, sont menacées de coupure, que restera-t-il aux médias locaux, infiniment plus vulnérables ? La logique est implacable : quand les puissants tremblent, les fragiles disparaissent. La liberté de la presse ne se découpe pas en tranches selon la nationalité du média. Elle est entière ou elle n’est pas. L’avenir du journalisme gabonais se joue peut-être dans les semaines qui suivent cette déclaration. Et le silence serait la pire des réponses.














