La mort tragique du jeune Steeven MOMBO KOMBILA à la passerelle du Lycée Léon Mba interpelle toute la société gabonaise. Derrière ce drame se révèle une question plus profonde : le mal-être d’une partie de la jeunesse et l’insuffisance des réponses apportées.
Depuis plusieurs années, les signaux d’alerte se multiplient
Dans les établissements scolaires, la circulation et la consommation de drogues ne sont plus marginales. Cannabis, médicaments détournés et autres substances circulent parfois jusque dans l’enceinte des écoles. Des contrôles ont régulièrement conduit à l’interpellation d’élèves impliqués dans la consommation ou la vente de stupéfiants aux abords des établissements.
Les études sur les addictions au Gabon indiquent que l’entrée dans la consommation se fait souvent très tôt, entre 12 et 15 ans, et que les jeunes représentent une part importante des patients souffrant de troubles psychiatriques liés aux drogues.
Une lutte encore insuffisante
Des campagnes de sensibilisation existent et ont récemment touché plus de 250 000 élèves dans une centaine d’établissements. Cependant, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.
La sensibilisation ponctuelle ne peut remplacer une véritable politique publique de prévention. Dans de nombreux établissements, les personnels éducatifs sont démunis : ils manquent de moyens, de formation et de dispositifs adaptés pour faire face aux situations d’addiction ou de détresse psychologique.
Or l’école ne peut pas tout assumer seule.
Une responsabilité collective
La question de la drogue chez les jeunes concerne toute la société. Les parents doivent jouer un rôle central, mais par manque d’information, par déni ou par difficulté à dialoguer avec leurs enfants, les signes de consommation passent parfois inaperçus.
Les familles elles-mêmes ont besoin d’accompagnement : soutien psychologique, dispositifs d’écoute et programmes d’éducation à la parentalité doivent être renforcés pour leur permettre de mieux prévenir ces situations.
Une prise en charge encore insuffisante
Lorsqu’un élève est identifié comme consommateur, la réponse se limite souvent à la sanction ou à l’exclusion. Pourtant, l’addiction est avant tout une question de santé publique.
Les jeunes concernés ont besoin d’un suivi médical, psychologique et social. Faute de structures spécialisées et de centres d’addictologie accessibles, beaucoup restent livrés à eux-mêmes.
Le mal-être silencieux des adolescents
Au-delà de la drogue, il faut reconnaître le mal-être d’une partie de la jeunesse gabonaise : pression scolaire, incertitude face à l’avenir, difficultés familiales, violences sociales ou sentiment de solitude. Pour certains jeunes, les drogues deviennent une forme d’échappatoire.
Le suicide de Steeven rappelle l’urgence de prendre au sérieux la santé mentale des adolescents. Dans les établissements scolaires, les psychologues sont rares et les espaces d’écoute insuffisants, alors que beaucoup d’élèves portent en silence des souffrances invisibles.
Le phénomène des « kobolos »
Parmi les substances les plus consommées figure le cannabis, mais aussi le tramadol, un puissant antidouleur détourné de son usage médical et connu localement sous le nom de « kobolo ». Souvent mélangé à l’alcool, ce produit peut provoquer troubles neurologiques, agressivité et forte dépendance.
D’autres médicaments détournés circulent également sur le marché informel. Leur accessibilité et la pression du groupe favorisent l’expérimentation chez les adolescents, avec des conséquences graves : problèmes de santé, échec scolaire, délinquance et dépendance.
Autour de certains établissements, des réseaux de vente se développent et exposent les élèves, parfois très jeunes, à ces produits. Cependant, réduire consommateurs et jeunes revendeurs à la seule délinquance serait une erreur : beaucoup sont eux-mêmes victimes de ruptures sociales, de décrochage scolaire ou du manque de perspectives.
La réponse ne peut donc être uniquement sécuritaire. Elle doit aussi s’attaquer aux causes sociales : déscolarisation, manque d’activités pour les jeunes, insuffisance de soutien psychologique et faiblesse des politiques d’insertion.
L’exemple d’une politique de prévention
En comparaison, en France, les principales substances consommées par les adolescents sont l’alcool, le tabac et le cannabis. Si l’alcool reste la substance la plus expérimentée, la consommation de cannabis chez les jeunes de 16 ans a fortement diminué ces dernières années, passant d’environ 34,6 % en 1999 à 8,4 % en 2024.
Cette baisse s’explique notamment par des politiques publiques combinant prévention scolaire, éducation à la santé, interdiction de vente d’alcool et de tabac aux mineurs, ainsi que l’orientation des jeunes vers des services de santé ou des structures spécialisées en cas de consommation problématique.
Il est temps d’agir
Pour protéger la jeunesse gabonaise, plusieurs actions deviennent indispensables :
• renforcer la prévention et l’éducation aux addictions dès le collège ;
• mettre en place de véritables dispositifs de prise en charge pour les jeunes dépendants ;
• développer la présence de psychologues et de cellules d’écoute dans les établissements ;
• associer davantage les parents aux politiques de prévention ;
• lutter plus efficacement contre les réseaux de drogue autour des écoles.
La mort d’un jeune ne doit jamais être banalisée. Elle doit nous obliger à réfléchir et à agir.
La jeunesse gabonaise n’a pas seulement besoin d’être surveillée : elle a besoin d’être écoutée, accompagnée et soutenue.
C’est à ce prix que nous pourrons éviter que d’autres drames ne viennent rappeler notre indifférence.
Enfin, je ne peux terminer mon propos ici sans présenter mes sincères condoléances à la famille biologique du défunt Steeven, et à toute communauté éducative du LNLM. Votre douleur est aussi la nôtre, recevez par ces mots mon soutien et celui de toute la nation dans cette terrible circonstance qui nous ébranle tous.
Melissa BENDOME
Communicatrice




