Des experts réunis à l’Université Omar Bongo appellent les États africains à réformer d’urgence leurs arsenaux juridiques face à la montée en puissance des réseaux de la criminalité organisée.
La criminalité organisée n’est plus une menace périphérique pour l’Afrique : elle est désormais ancrée au cœur même de ses sociétés. C’est le diagnostic alarmant posé lors du colloque international « La criminalité organisée en Afrique : acteurs, dynamiques et enjeux », ouvert le 26 mars à l’Université Omar Bongo de Libreville. Pendant deux jours, chercheurs, juristes et spécialistes venus de plusieurs horizons ont confronté leurs analyses sur un phénomène qui ronge les institutions, paralyse les économies et compromet durablement les perspectives de développement du continent.
Un continent pris en étau par les trafics transnationaux
L’Afrique est aujourd’hui une plaque tournante mondiale des trafics illicites. Narcotrafic, pillage des ressources naturelles, traite des êtres humains et médicaments contrefaits transitent à travers des réseaux criminels de plus en plus sophistiqués, mobiles et difficiles à démanteler. Ces organisations infiltrent les institutions politiques, gangrenent les économies locales et fragilisent les communautés les plus vulnérables. À cette réalité s’ajoutent des flux financiers illicites massivement recyclés dans les économies légales, accentuant encore la vulnérabilité structurelle du continent. Résultat : la gouvernance s’érode, l’État de droit recule et les perspectives de développement durable s’éloignent dangereusement.
Trois niveaux d’exposition, une seule urgence
Le Pr Germain Ntono Tsimi, de l’Université de Yaoundé II, a livré une analyse particulièrement lucide de la situation. Selon lui, l’Afrique subit la criminalité organisée à trois niveaux simultanés : en tant que zone de transit d’abord, comme base arrière ensuite, profitant des fragilités institutionnelles des États, et enfin comme cible directe de ces réseaux. « Le crime organisé est structuré pour s’attaquer aux fondements mêmes de l’État », a-t-il averti, soulignant que les principaux champs d’action criminelle concernent l’exploitation des ressources minières, la traite des personnes et la circulation de faux médicaments. Pour lui, l’enjeu dépasse largement les frontières nationales et appelle une réponse coordonnée à l’échelle internationale.
Réformer le droit pénal : une question de survie
Face à l’ampleur du défi, les experts sont unanimes : intégrer pleinement la criminalité organisée dans les dispositifs pénaux nationaux n’est plus une option. Cette réforme implique de repenser les catégories d’infractions, les formes de responsabilité pénale, les mécanismes de participation criminelle et les procédures de coopération judiciaire internationale. Le Gabon, à l’instar de nombreux États africains, bénéficie par ailleurs de partenariats extérieurs structurants, notamment avec la France, qui soutient les forces de sécurité et accompagne la lutte contre la criminalité environnementale.
Le coordinateur scientifique du colloque, le Pr Alexis Essono, a rappelé avec force que « la criminalité représente une menace sérieuse qui entrave la croissance économique et affaiblit les fondements de l’État de droit ». Dans un monde où les réseaux criminels évoluent au rythme de la mondialisation et des innovations technologiques, l’Afrique n’a plus le luxe de l’attentisme. Adapter ses outils juridiques et institutionnels est désormais une impérieuse nécessité.




