Le tribunal de Brest a rendu lundi un verdict historique contre le commandant du pétrolier « Boracay », intercepté en 2025 au large d’Ouessant alors qu’il transportait du brut russe vers l’Inde.
C’est une décision judiciaire qui résonne bien au-delà des côtes bretonnes. Le tribunal correctionnel de Brest a condamné, lundi 30 mars 2026, Chen Zhangjie, capitaine chinois âgé de 39 ans, à un an de prison ferme et 150 000 euros d’amende pour refus d’obtempérer à un contrôle de la marine nationale française. Le verdict, conforme aux réquisitions du parquet, intervient dans un contexte de pression internationale croissante contre les mécanismes d’évasion des sanctions occidentales imposées à la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine.
L’affaire remonte à septembre 2025, lorsque des militaires français ont intercepté le pétrolier Boracay au large de l’île d’Ouessant, dans l’une des voies maritimes les plus fréquentées d’Europe. Le navire, long de 244 mètres, naviguait alors sans pavillon visible et transportait du pétrole russe à destination de l’Inde, schéma classique des circuits de contournement des restrictions européennes sur l’or noir de Moscou.
Une résistance qualifiée de « particulière mauvaise volonté »
L’arraisonnement n’a pas été sans heurts. Selon le substitut du procureur, le capitaine Chen Zhangjie avait opposé une résistance caractérisée aux militaires français, les contraignant à effectuer une manœuvre dangereuse lors de l’opération de contrôle. Une attitude que le parquet a qualifiée de « particulière mauvaise volonté », justifiant la sévérité de la peine requise et prononcée.
Le tribunal a en outre délivré un mandat d’arrêt international à l’encontre du capitaine, absent lors du prononcé du jugement. Son absence ne fait qu’alourdir le voile de mystère entourant cette affaire aux ramifications géopolitiques sensibles.
Un navire aux identités multiples, emblème de la flotte fantôme
Le Boracay cristallise à lui seul les pratiques opaques de la flotte fantôme russe, ce réseau de tankers vieillissants, souvent immatriculés sous des pavillons de complaisance, utilisés pour écouler le pétrole russe malgré le plafonnement des prix imposé par le G7 et les sanctions européennes. Avant son interception, le navire avait hissé un faux pavillon béninois — une manœuvre destinée à brouiller les pistes et compliquer l’identification de l’embarcation.
Plus troublant encore, deux agents d’une société de sécurité privée russe se trouvaient à bord, soupçonnés d’exercer des activités de surveillance. Leur présence interroge sur la nature réelle des missions assignées à ces bâtiments, au-delà du simple transport d’hydrocarbures. Depuis les faits, le pétrolier a été rebaptisé Phoenix et navigue désormais sous pavillon russe, comme pour assumer ouvertement une identité longtemps dissimulée.
La compétence française contestée, le droit international en débat
La défense du capitaine a fait valoir un argument juridique de poids : les faits s’étant produits dans les eaux internationales, la justice française serait incompétente pour en connaître, en vertu de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer. Le tribunal a écarté cette argumentation, affirmant la plénitude de sa compétence. Cette position pourrait néanmoins alimenter un recours en appel et raviver un débat doctrinal sur les limites du droit d’intervention en haute mer.
Un signal fort adressé aux contourneurs de sanctions
Au-delà du cas individuel, ce verdict envoie un message politique et juridique clair aux opérateurs de la flotte fantôme et à leurs commanditaires. La France, comme d’autres pays européens, entend ne pas laisser ses eaux bordières devenir un espace de transit impuni pour le pétrole russe. Dans un contexte où les recettes pétrolières de Moscou continuent de financer l’effort de guerre en Ukraine, chaque arraisonnement, chaque condamnation, constitue un maillon supplémentaire dans la chaîne de pression économique et diplomatique exercée sur le Kremlin.
La flotte fantôme comptait, selon les estimations de 2025, plusieurs centaines de navires actifs. Le Boracay, aujourd’hui Phoenix, n’en est qu’un parmi d’autres. Mais sa condamnation, elle, est une première.
Source FranceInfo




