Le discours offensif du président américain, promettant de frapper l’Iran « extrêmement durement » pendant encore deux à trois semaines, a balayé jeudi les espoirs d’une accalmie rapide et fait flamber les cours mondiaux du pétrole, tandis que Wall Street reculait en séance.
New York / Londres · 3 avril 2026- Les cours du pétrole ont bondi jeudi à des niveaux inédits depuis plusieurs années, portés par un regain de tension militaire au Moyen-Orient. La référence américaine, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai, s’envolait de plus de 10 % à 110,79 dollars le baril vers midi, heure de Greenwich. Le Brent de la mer du Nord, référence européenne, progressait quant à lui de près de 8 % à 109,01 dollars, après plusieurs séances de repli.
Trump met fin aux espoirs d’apaisement
Ce retournement brutal fait suite aux déclarations de Donald Trump, qui a promis mercredi de poursuivre les frappes contre l’Iran avec une intensité maximale pendant encore deux à trois semaines. Évoquant notamment les infrastructures énergétiques iraniennes comme cibles potentielles, le président américain a dans le même temps affirmé être proche d’atteindre ses objectifs stratégiques — un message contradictoire qui a néanmoins suffi à raviver la prime de risque sur les marchés.
La réaffirmation par Trump que les pays dépendants du détroit d’Ormuz doivent agir pour en garantir la réouverture laisse présager de nouvelles opérations militaires dans les prochains jours, ce qui soutient la hausse de la prime de risque sur le Brent.
— Claudio Galimberti, analyste chez Rystad Energy
Ormuz fermé, offre mondiale sous pression
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié dans le monde, reste de facto bloqué en raison de la riposte iranienne à l’offensive américano-israélienne. Cette fermeture pèse directement sur l’offre mondiale, rendant les réserves stratégiques de moins en moins efficaces à mesure qu’elles s’épuisent. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les réserves stratégiques américaines ont perdu environ 300 000 barils sur la seule semaine achevée le 27 mars.
Les produits raffinés ne sont pas épargnés : le cours du diesel européen a franchi jeudi le seuil des 200 dollars le baril, un niveau inédit depuis les répercussions de la guerre en Ukraine en 2022.
Le spectre des 200 dollars le baril
Dans ce contexte, certains analystes n’excluent plus des scénarios extrêmes. Selon Tamas Varga, spécialiste de l’énergie chez PVM, une prise de contrôle américaine du terminal pétrolier de l’île de Kharg — principal point d’exportation du brut iranien — ou une invasion terrestre de l’Iran pourrait propulser le baril jusqu’à 200 dollars. Un risque que les marchés commencent à intégrer.
La menace pourrait encore s’aggraver si les rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran, venaient à perturber la circulation dans le détroit de Bab el-Mandeb, autre artère maritime cruciale pour le commerce mondial d’hydrocarbures.
Wall Street en repli
Les marchés actions américains ont immédiatement sanctionné ces nouvelles. À l’ouverture de Wall Street jeudi, le Dow Jones reculait de 1,27 %, le Nasdaq de 1,67 % et le S&P 500 de 1,22 %. La Bourse de New York avait pourtant amorcé un rebond ces derniers jours, pariant sur une résolution rapide du conflit — un espoir que les déclarations de Trump ont brutalement dissipé.




