Saint-Denis, samedi 4 avril 2026 — Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées ce samedi 4 avril sur le parvis de l’Hôtel de ville de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, pour défendre le nouveau maire Bally Bagayoko contre une vague de propos racistes qui a déclenché un débat national depuis son élection dès le premier tour le 15 mars 2026. Élu sous l’étiquette de La France insoumise, cet édile d’origine malienne est devenu en quelques semaines le symbole d’une France qui se déchire sur la question de la représentation politique et de la discrimination raciale.
Des propos animaliers sur CNews qui ont mis le feu aux poudres
À l’origine de la mobilisation, des déclarations diffusées les 27 et 28 mars sur CNews, chaîne du groupe Bolloré, dans lesquelles des liens ont été établis entre Bally Bagayoko et « la famille des grands singes ». Une « attitude de mâle dominant » lui a également été reprochée. Des propos qui ont provoqué une onde de choc nationale. « Je me suis dit : je suis en train de rêver, c’est un cauchemar. Nous sommes en 2026, c’est honteux d’entendre de tels propos ! », s’est indignée Kantéba Camara-Sissoko, auxiliaire de puériculture de 55 ans, venue exprimer sa révolte dans le cortège. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » au lendemain du dépôt de plainte de l’élu. Le préfet s’est constitué partie civile, comme le demandait le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Mélenchon, Panot, socialistes : la gauche unie derrière l’édile de Saint-Denis
La tribune du rassemblement a réuni plusieurs figures politiques de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Sophia Chikirou pour LFI, ainsi qu’une délégation socialiste. Le leader insoumis a dénoncé « une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l’égard d’une partie de notre peuple ». Bally Bagayoko lui-même a pris la parole pour affirmer son « attachement viscéral aux valeurs de la République », en s’en prenant à des « institutions défaillantes, parfois même complices ». Il a également insisté sur le fait que « celles et ceux qui réduisent cette marche uniquement à l’étiquette de La France insoumise ont tort et sont indignes de ce combat qui est un combat contre le racisme, contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie ».
Macron silencieux, le gouvernement tardif : l’indignation sélective pointée du doigt
Si le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a qualifié les propos d’« ignobles » et d‘« absolument inacceptables », Bally Bagayoko a jugé ces soutiens gouvernementaux « toujours appréciables » mais arrivés « relativement tard ». Plus sévèrement, il a dénoncé le « silence » du président Emmanuel Macron sur le sujet, estimant que cette absence de prise de parole « confirme le fait qu’il n’est pas engagé sur cette lutte » contre le racisme. CNews, de son côté, a contesté « formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus » sur son antenne, affirmant que des déclarations avaient été « délibérément déformées sur les réseaux sociaux, alimentant une polémique infondée ». L’enquête judiciaire tranchera.




