Une jeune commerçante gabonaise de 31 ans, revenue d’exil volontaire pleine d’espoir, brise le silence sur Facebook. Dans une lettre ouverte adressée directement au président Oligui Nguema, Celestine Nang interpelle le chef de l’État avec une vérité nue, courageuse et bouleversante. Lecture !
Monsieur le Président de la République,Brice Clotaire Oligui Nguema
Je suis une jeune gabonaise. Je suis commerçante. Et aujourd’hui, je vous parle avec vérité.
Je suis revenue au Gabon pleine d’espoir, après avoir vécu à l’étranger. Vous nous avez promis le travail. Vous nous avez promis l’ouverture. Vous nous avez promis un Gabon plus libre, un Gabon différent. Vous nous avez même dit que nous ne serions plus dans un État de « coquins et coquines ».
Mais aujourd’hui, tout est à l’opposé de ces promesses.
Chaque jour, je regrette d’être revenue.
Aujourd’hui, vous coupez les réseaux sociaux. Pourtant, c’est là que beaucoup de jeunes travaillent, vendent, survivent. C’est là que nous trouvons des clients, que nous construisons quelque chose, sans aide, sans financement, sans accompagnement.
On nous demande d’entreprendre. Mais avec quoi ?
Sans argent ?
Sans soutien ?
Et maintenant, sans outils ?
Le Gabon n’est pas un pays de grands commerçants. Nous avons appris à nous battre avec les réseaux sociaux. C’est notre vitrine, notre marché, notre seule chance pour beaucoup.
En les coupant, vous ne coupez pas juste Internet.
Vous coupez des revenus.
Vous coupez des espoirs.
Vous coupez des vies.
Je pense à cette jeune mère que je voyais vendre sur TikTok, jour après jour, pour nourrir son enfant. Aujourd’hui, elle a disparu. Et moi, je me pose une seule question : comment fait-elle maintenant ?
Moi, j’ai d’autres options. Mais elle ? Et tous les autres ?
Est-ce que cette décision a vraiment été réfléchie ? Est-ce que vous mesurez ce que vit la jeunesse ?
Mais au-delà de tout ça, il y a quelque chose de plus profond.
L’année passée, j’ai voté pour la première fois de toute ma vie. J’ai 31 ans. Je n’avais jamais voté auparavant. Mais cette fois-là, j’y ai cru. J’ai voté avec espoir. J’ai voté avec engouement. J’étais convaincue que le Gabon allait vivre quelque chose de nouveau, quelque chose de spécial.
Je rêvais déjà d’un Gabon où chacun aurait sa place.
Aujourd’hui, je suis une Gabonaise qui doute.
Est-ce que le Gabon dont j’ai rêvé le jour où j’ai voté pour vous existera vraiment ?
Ou est-ce que ce rêve est en train de disparaître, décision après décision ?
Vous nous demandez de nous réapproprier nos richesses. Mais comment fait-on sans moyens, sans outils, sans État derrière nous ?
Aujourd’hui, la jeunesse gabonaise ne manque pas de courage. Elle manque de soutien.
Nous ne demandons pas des promesses.
Nous demandons des actes.
Respectueusement.
Celestine Nang/Facebook














