Johannesburg, Le samedi 21 mars 2026 — Il y a des journées où une ville entière se transforme en déclaration politique. Ce samedi 21 mars à Johannesburg, des milliers de Sud-Africains ont fait exactement cela : descendre dans les rues, envelopper les grandes avenues du centre économique du pays dans un flot de vert et de jaune — les couleurs de l’ANC — et crier leur refus de plier face aux pressions de Washington. Une manifestation convoquée par le parti au pouvoir, dans un contexte où les relations entre Pretoria et l’administration Trump ont atteint un niveau de tension rarement observé entre les deux pays.
« Un vieil homme blanc dérangé » : Mbalula met le feu aux poudres
Le secrétaire général de l’ANC, Fikile Mbalula, n’a pas choisi la diplomatie pour adresser son message aux États-Unis. Du haut de la tribune dressée près de l’emblématique tour de Hillbrow, il a visé sans détour le nouvel ambassadeur américain Brent Bozell, 70 ans, convoqué par le ministère des Affaires étrangères sud-africain moins d’un mois après son arrivée. « On ne peut pas accepter qu’un vieil homme blanc, qui a l’air dérangé, vienne nous dire, dans notre pays, ce que nous devons faire en Afrique du Sud », a-t-il lancé sous les acclamations d’une foule électrisée. Des mots qui claquent comme un coup de poing, mais qui traduisent une exaspération réelle, accumulée depuis des mois de pression américaine croissante.
Gaza, Afrikaners, droits de douane : Trump ouvre tous les fronts à la fois
Les griefs de Washington contre Pretoria sont multiples et s’accumulent comme des pierres dans un sac déjà trop lourd. L’administration Trump reproche à l’Afrique du Sud sa plainte pour génocide déposée contre Israël devant la justice internationale, sa politique de discrimination positive visant à corriger les inégalités héritées de l’apartheid, et une prétendue persécution des Afrikaners — ces descendants des colons européens. En réponse, Washington a infligé à Pretoria des droits de douane de 30 % sur la plupart de ses exportations, les plus élevés de toute l’Afrique subsaharienne, avant que la Cour suprême américaine ne les retoque. L’Afrique du Sud figure néanmoins parmi les 60 pays sous enquête commerciale dans une procédure visant à justifier de nouveaux tarifs punitifs.
« Ils nous détestent » : la rue exprime ce que la diplomatie tait
Sur le pavé de Johannesburg, les manifestants n’ont pas besoin de notes diplomatiques pour exprimer ce qu’ils ressentent. « Ils nous détestent », lâche Noxolo Skomolo, agente immobilière de 53 ans, arborant un t-shirt frappé du slogan « On ne va pas se laisser marcher dessus ». Une formule empruntée au président Cyril Ramaphosa lui-même, prononcée en début d’année au moment où les attaques de Trump contre Pretoria s’intensifiaient. Ramaphosa avait d’ailleurs subi, dans le sillage de Zelensky, un guet-apens dans le bureau ovale de la Maison Blanche, où Trump avait exhibé vidéomontages et photos mêlant approximations et contre-vérités sur la situation des Blancs en Afrique du Sud.
Le 21 mars, date sacrée d’une nation qui ne courbe pas l’échine
La date choisie pour cette mobilisation n’est pas anodine. Le 21 mars est en Afrique du Sud un jour férié dédié aux droits humains, en mémoire du massacre de Sharpeville en 1960, où 69 manifestants tombèrent sous les balles des forces de sécurité de l’apartheid pour avoir réclamé la fin du laissez-passer contrôlant les déplacements des Noirs. En marchant ce jour-là contre les pressions américaines, les manifestants de Johannesburg ont choisi leur symbole avec une précision chirurgicale : ce pays a déjà affronté pire, et il n’a pas cédé. Il ne cédera pas davantage aujourd’hui.




