À Montréal, de nombreuses femmes immigrantes diplômées peinent à faire reconnaître leurs compétences, malgré des parcours académiques solides rappelle notre confrère LaPresse. L’exemple de Mariam Saran Camara illustre cette réalité. Arrivée en 2009 en provenance de Guinée, titulaire d’une maîtrise en économie-gestion, elle s’est vu refuser la reconnaissance de ses diplômes, au point de devoir compléter un secondaire V.
Face à ces obstacles, elle s’est réorientée vers le domaine de la santé, obtenant un diplôme collégial en technique infirmière avant de poursuivre des études universitaires. Aujourd’hui mère de quatre enfants, elle prépare une maîtrise tout en travaillant à temps partiel. «Le grand défi que j’ai eu à surmonter était mon retour aux études, pour tout recommencer. Plutôt que de refaire les études en économie, j’ai choisi d’aller dans le domaine de la santé. Mais j’avoue que j’ai fait tout ça pendant que j’assumais mes responsabilités familiales, naissances d’enfants et tout ce qui va avec.»
Une déqualification massive et persistante
Selon Ruth Sara Monteau, près de la moitié des femmes immigrantes diplômées sont confrontées à une déqualification professionnelle. « Malgré un niveau d’éducation supérieur à la moyenne québécoise, 45,2 % des femmes immigrantes sont déqualifiées, c’est-à-dire qu’elles occupent un emploi exigeant un niveau de qualification inférieur à leur diplomation. Cela a un impact direct sur leur sécurité économique».
Le rapport «Vers l’égalité des chances», publié par le Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrantes et racisées du Québec, met en lumière cette réalité. Accompagné de la campagne «Qualifiées, mais invisibles», il souligne que «les difficultés vécues ne sont pas individuelles, elles s’inscrivent dans un système». «Beaucoup de femmes se retrouvent dans des emplois bien en dessous de leurs qualifications. Elles doivent souvent recommencer des études, multiplier des démarches, sans garantie.»
Un impact genré et des sacrifices invisibles
Pour Yasmina Chouakri, les femmes immigrantes subissent une pression accrue comparativement aux hommes. «Très souvent, c’est l’homme qui a la priorité à l’arrivée pour reprendre des études, pour aller travailler, alors que la femme, surtout quand il y a de jeunes enfants, va systématiquement reculer et mettre de côté tout ce qui concerne la reconnaissance de ses compétences et de ses diplômes.»
Ce déséquilibre conduit fréquemment les femmes à accepter des emplois précaires ou sous-qualifiés afin de soutenir leur famille. Les années passant, leur retour dans leur domaine d’expertise devient plus difficile, accentuant leur marginalisation professionnelle.
Des incohérences structurelles dénoncées
Les intervenantes pointent une absence de coordination entre les institutions. « Le fait de ne pas reconnaître des diplômes étrangers alors qu’ils ont été reconnus dans la sélection des personnes immigrantes, il y a quelque chose qui cloche là. Une personne immigrante qui a été sélectionnée sur la base d’un diplôme devrait forcément obtenir une reconnaissance à l’arrivée», affirme Mme Chouakri.
Elle critique également les universités qui encouragent la «rediplomation». «Les universités ont un intérêt à récupérer énormément d’étudiants étrangers parce que ça les finance. Elles ne font qu’encourager les personnes immigrantes à retourner sur les bancs d’école. Ça s’appelle une rediplomation. Ce n’est pas une reconnaissance.»
Entre exclusion subtile et résilience
Le témoignage de Hinva Bacha met en lumière une exclusion plus diffuse. Arrivée en 2022 avec une solide expérience académique et professionnelle, elle peine à intégrer son domaine. «On m’a dit, oui, mais tu ne connais pas les normes de construction ici, mais ça ne me rend pas moins architecte.»
Malgré une expérience acquise au Québec, elle se heurte à de nouveaux obstacles. «Les quelques fois où j’ai pu décrocher des entrevues, c’était ‘tu es surqualifiée’ ou ‘tu ne connais pas les normes d’ici’.»
Face à ces défis, certaines développent une résilience remarquable. «Je regardais les Têtes à claques avec mon mari. Et puis je regardais l’humour d’Yvon Deschamps pour décoder les accents», confie Mariam Saran Camara. Elle conclut par un message d’espoir : «c’est aussi pour vous envoyer un message clair: oui, l’intégration peut être difficile, oui, les obstacles peuvent sembler insurmontables. Mais non, ils ne définissent pas votre avenir. Ceux et celles qui sont encore dans cette phase d’adaptation, ne baissez pas du tout les bras. Ayez confiance en votre valeur.»
Source Lapresse.ca




