Libreville, 5 mars 2026 – La deuxième conférence des parquetiers du ressort de la Cour d’appel de Libreville s’est achevée sur une note d’optimisme, portée par la densité des échanges et une volonté affirmée de renforcer l’efficacité de la justice face à la criminalité économique. Au cœur des recommandations formulées figure la création de l’Agence de recouvrement et de gestion des avoirs criminels, présentée comme un instrument clé pour moderniser les procédures de saisie et de confiscation des biens illicites.
Pendant deux jours, magistrats, experts et acteurs du secteur financier ont confronté leurs expériences afin d’améliorer la traçabilité des flux financiers et la récupération des fonds issus d’activités criminelles. Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la sophistication croissante des circuits économiques illégaux, souvent transnationaux et difficiles à démanteler sans une coordination renforcée.
Représentant le ministre de la Justice empêché, le secrétaire général du ministère a salué « la qualité des travaux » et « l’engagement collectif » des participants. Il a également mis en avant « la richesse des débats » et « la pertinence des analyses », tout en soulignant la contribution déterminante des experts dans le renforcement de la réponse judiciaire face aux nouvelles formes de criminalité.
Une coopération internationale et multisectorielle renforcée
Organisée à l’initiative du procureur général de Libreville, le Dr Eddy Minang, la conférence a bénéficié du soutien du Programme des Nations unies pour le développement ainsi que de partenaires internationaux, notamment la France. Cette dimension internationale a été saluée par les intervenants, à l’image de Claire Le Maner, substitut au parquet national financier de Paris, qui a évoqué « des échanges passionnants » permettant de confronter les cadres juridiques et les pratiques professionnelles.

Dans un environnement où les flux financiers illicites franchissent les frontières, la coopération entre États apparaît comme un levier indispensable pour identifier, saisir et restituer les avoirs criminels. Les discussions ont également mis en évidence l’importance d’une collaboration étroite entre les juridictions et les institutions financières.
Le procureur de la République près le tribunal de Ntoum a rappelé que l’objectif de la rencontre était « d’aborder l’ensemble des aspects liés aux avoirs criminels » et de proposer des solutions concrètes aux difficultés rencontrées sur le terrain. De son côté, le procureur adjoint de Libreville a insisté sur le caractère transversal de cette lutte, impliquant banques, assurances et officiers de police judiciaire dans une dynamique commune.
Des réformes structurelles pour une justice plus efficace
Au-delà des échanges, les travaux ont permis de dégager des perspectives ambitieuses pour l’avenir de la justice gabonaise. Les participants ont souligné la nécessité de renforcer la formation spécialisée des magistrats afin de mieux appréhender les mécanismes complexes liés aux avoirs criminels. Ils ont également plaidé pour l’institutionnalisation de ces rencontres, afin d’assurer un suivi rigoureux des recommandations.
La mise en place de l’Agence de recouvrement et de gestion des avoirs criminels apparaît ainsi comme la mesure phare de cette conférence. Elle vise à centraliser les procédures, améliorer la coordination entre les acteurs et garantir une gestion transparente des biens saisis.
Parmi les autres recommandations figurent l’élargissement des prérogatives du procureur de la République, ainsi que l’alignement du cadre juridique national sur les standards internationaux, notamment ceux du Groupe d’action financière. Ces orientations traduisent une volonté claire de doter le Gabon d’un dispositif moderne et performant pour lutter contre la criminalité économique.
En définitive, cette conférence marque une étape importante dans la consolidation d’une justice plus cohérente, plus transparente et résolument tournée vers la défense de l’intérêt général.




