Dans le Karoo, vaste région semi-aride d’Afrique du Sud, des milliers de chèvres angora paissent sous un soleil de plomb. Leur toison blanche et brillante est à l’origine d’une fibre textile rare et précieuse : le mohair. Une matière première qui place l’Afrique du Sud au sommet de la production mondiale.
Une tradition agricole ancrée dans le territoire
À Graaff-Reinet, dans la province du Cap-Oriental, l’élevage de chèvres angora se transmet de père en fils depuis des générations. Lloyd Short, agriculteur de septième génération, en est l’exemple le plus parlant. Sur sa ferme qui s’étend sur plusieurs milliers d’hectares, chaque détail compte pour obtenir une fibre de qualité.
Le mohair doit être long, fin et brillant. Chaque animal produit entre un et 1,5 kilogramme de laine par tonte. Les premières récoltes sont aussi les plus précieuses. Une fois traitée, cette matière première est utilisée dans la confection de vêtements haut de gamme, souvent associée à d’autres fibres pour en améliorer les propriétés.
Plus de la moitié de la production mondiale
L’Afrique du Sud domine largement ce marché de niche. Selon les professionnels du secteur, le pays produit plus de la moitié du mohair commercialisé dans le monde, principalement depuis la province du Cap-Oriental. Le Lesotho, pays voisin enclavé au cœur du territoire sud-africain, contribue également à cette production et renforce le poids de l’Afrique australe sur la scène internationale.
Au total, la filière emploie environ 30 000 personnes. Pour beaucoup de familles rurales de la région, l’élevage de chèvres angora représente la principale source de revenus.
La crise de 2018 et le retour en grâce
Le secteur n’a pas toujours été épargné par les turbulences. En 2018, la diffusion de vidéos dénonçant des conditions de tonte jugées maltraitantes a provoqué un véritable séisme commercial. Plusieurs grandes marques internationales ont aussitôt suspendu leurs achats de mohair, entraînant une chute brutale des commandes et une forte inquiétude chez les producteurs.
Face à cette crise, la filière a réagi rapidement. Des certifications en matière de bien-être animal ont été mises en place, accompagnées d’audits réguliers réalisés par des organismes indépendants. Ces mesures ont permis de regagner la confiance des acheteurs internationaux et de stabiliser un marché fragilisé.
Des conditions naturelles difficilement reproductibles
Si l’Afrique du Sud occupe cette place de premier plan, c’est aussi grâce à un environnement naturel particulièrement adapté. Le Karoo offre aux chèvres angora des conditions idéales : un climat sec, une végétation adaptée et de grands espaces. Ces facteurs contribuent directement à la qualité de la fibre produite, une qualité que peu de régions dans le monde peuvent égaler.
Aujourd’hui, le mohair du Karoo continue d’alimenter les collections des plus grandes maisons de mode. Porté par un savoir-faire local solide et des standards de production renforcés, le secteur regarde l’avenir avec une certaine confiance. Dans ces plaines arides qui semblent au bout du monde, une industrie discrète mais robuste continue de tourner, tonte après tonte, saison après saison.




