Libreville, 16 mars 2026- Il y a des anniversaires qui se fêtent et des anniversaires qui se subissent. Les 58 ans du Parti démocratique gabonais (PDG), célébrés le 12 mars dernier, appartiennent résolument à la seconde catégorie. Deux ans que la crise ronge de l’intérieur cette formation politique qui a longtemps incarné le pouvoir au Gabon. Et ce jour de commémoration, plutôt que de refermer les plaies, n’a fait que les garder ouvertes, chaque camp campant sur ses positions comme deux armées séparées par un no man’s land que personne n’ose traverser.
Une main tendue depuis Paris, une plainte en réserve
Depuis la capitale française où il réside actuellement, Ali Bongo Ondimba a choisi l’anniversaire pour adresser au directoire du PDG ce qui ressemble à une olive, mais dont la tige cache des épines. Dans une perspective d’apaisement affiché, il a tendu la main, tout en précisant qu’en cas de refus, « la voie judiciaire s’ouvrira ». Puis, pour dissiper tout malentendu sur ses intentions : « La plainte est prête. Elle est documentée. » Une main de velours sur un poing de fer. Et comme pour clore un chapitre, l’ancien chef de l’État a renoncé définitivement à toute forme d’ambition présidentielle. Une retraite politique actée, mais une bataille juridique potentielle qui demeure suspendue au-dessus des têtes du directoire comme une épée de Damoclès.
Blaise Louembe ouvre la maison du père, mais seulement au Gabon
Sur le sol gabonais, au milieu d’une foule de militants et militantes réunis pour commémorer, le président du PDG, Blaise Louembe, a lui aussi choisi la métaphore de la réconciliation. L’unité, a-t-il affirmé, se fera « sur les terres de nos ancêtres, sur les terres du président fondateur du PDG, El Hadj Omar Bongo, ici au Gabon et nulle part ailleurs ». Et d’ajouter : « La porte est ouverte pour revenir à la maison du père. » Des mots chaleureux, mais géographiquement contraignants. Car le dialogue proposé a une adresse : Libreville. Et une condition implicite : revenir. Ce que Paris ne semble pas pressé de faire.
Le rapport de force tranche là où les discours échouent
En politique, ce n’est pas la rhétorique qui décide, c’est le rapport de force. Et celui-ci, aujourd’hui, penche nettement du côté de Blaise Louembe. Fort de ses élus, du soutien de la base militante et d’une légitimité issue du congrès du 30 janvier 2025, le président du PDG incarne à ce jour le parti sur des valeurs de modernité, de pragmatisme et de résilience. La realpolitik s’impose, disent de nombreux militants. La démission du directoire réclamée par Ali Bongo n’est pas à l’ordre du jour. Les dissensions sont loin de s’apaiser, même si de plus en plus de « camarades » appellent ouvertement à la désescalade. Le PDG a 58 ans. Mais il n’a pas encore trouvé l’âge de la sagesse.




