Libreville, 6 avril 2026 · 3 min de lecture – Selon les données publiées par Sika Finance en avril 2026, les dépenses africaines en recherche et développement (R&D) demeurent très inégalement réparties. La zone CEMAC, malgré ses richesses naturelles, reste absente du peloton de tête continental.
Par Roland Olouba Oyabi.
Un continent à deux vitesses scientifiques
L’Égypte s’impose comme le leader incontesté de la R&D en Afrique, avec des dépenses dépassant les 16 milliards de dollars américains sur la période 2024-2025, portées par un engagement conjoint du gouvernement et des établissements universitaires. L’Afrique du Sud suit de près, se distinguant à la fois par le volume global de ses investissements et par leur part dans le produit intérieur brut national.
Le Maghreb constitue le troisième pôle d’excellence régional : la Tunisie, le Maroc et l’Algérie figurent parmi les nations africaines les plus actives en matière d’innovation scientifique. À l’est du continent, le Kenya et le Rwanda affichent des investissements en nette progression, confirmant l’émergence d’une Afrique de l’Est compétitive sur ce terrain.
Au sein de l’espace UEMOA, le Sénégal se distingue avec un effort de R&D équivalant à 0,58 % de son PIB, une performance notable face à la Côte d’Ivoire, qui plafonne à 0,07 % selon les mêmes données.
La CEMAC, angle mort de l’innovation africaine
La zone CEMAC — regroupant le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale — présente un bilan particulièrement préoccupant. Aucun de ces six pays ne figure dans le classement des leaders africains de la R&D sur la période 2025-2026.
Les dépenses de recherche de la sous-région restent très éloignées de l’objectif de 1 % du PIB fixé par l’Union africaine. Plusieurs facteurs structurels expliquent ce retard : la forte dépendance aux hydrocarbures et aux matières premières pèse sur la capacité des États à diversifier leurs priorités budgétaires vers la science et l’innovation.
L’Indice mondial de l’innovation 2025 de l’OMPI positionne les pays de la CEMAC en deçà de leurs homologues d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe. Selon l’Agence Ecofin, la fragilité économique de la région oriente les décideurs davantage vers le renforcement des infrastructures de base que vers la recherche fondamentale ou appliquée.
Transformer la rente en levier scientifique : un défi urgent
Le paradoxe de la CEMAC est saisissant : dotée de ressources naturelles parmi les plus abondantes du continent, la zone peine à convertir cette richesse en investissement dans le capital humain et l’innovation. Cette équation non résolue creuse un fossé de compétitivité avec les régions africaines qui ont fait le pari de la connaissance comme moteur de développement.
Le défi pour les gouvernements de la sous-région est double : réduire la dépendance aux cycles des matières premières tout en construisant des écosystèmes scientifiques capables de générer de la valeur ajoutée sur le long terme. Les exemples rwandais et sénégalais démontrent qu’une volonté politique affirmée peut produire des résultats mesurables, même avec des économies de taille modeste.
L’Afrique de la R&D reste, pour l’heure, une affaire de quelques nations pionnières. Pour la CEMAC, l’urgence est de sortir du statut d’angle mort scientifique continental avant que l’écart ne devienne définitivement insurmontable.
Sources : Sika Finance (avril 2026) · Agence Ecofin · Indice mondial de l’innovation OMPI 2025 · Union africaine




