La crise politique qui couve au Sénégal depuis plusieurs semaines a pris une dimension nouvelle ces dernières 48 heures. Alors que la coalition « Diomaye président » tenait samedi 7 mars sa première assemblée générale, les cadres du Parti des patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) ont massivement choisi leur camp : celui du Premier ministre Ousmane Sonko, contre leur propre chef de l’État.
Le Pastef se range derrière Sonko
Sur les réseaux sociaux, les prises de position se multiplient. La porte-parole du gouvernement, Marie Rose Faye, a qualifié Ousmane Sonko de « gardien de la révolution » sur sa page Facebook. Le ministre de la Fonction publique, Olivier Boucal, a affiché un soutien similaire. Pour une large frange du parti, la démarche du président Bassirou Diomaye Faye, qui structure une force politique alternative au Pastef en vue des prochaines échéances électorales, est perçue comme une trahison.
Le député Pastef Guy Marius Sagna n’a pas mâché ses mots : « Comment tout d’un coup, Bassirou Diomaye Faye, qui a été élu pour le projet d’un parti politique, peut prendre ses distances avec ceux-là qui ont élaboré ce projet-là ? Ça n’a pas de sens. Il est en train de trahir le projet du Pastef. Il est en train d’opérer un hold-up d’une mobilisation formidable, populaire des citoyens sénégalais. »
Une coalition qui se structure, un Sonko qui observe
Lancée officiellement samedi, la coalition « Diomaye président » ambitionne de constituer une force politique crédible face au Pastef lors des prochains rendez-vous électoraux, conformément à sa charte fondatrice. Depuis cette réunion, Ousmane Sonko n’a formulé aucune déclaration publique sur le sujet. Le 1er mars, il s’était toutefois contenté d’appeler ses militants à ne pas accorder trop d’importance à cette coalition, qu’il juge incapable de rivaliser avec le Pastef.
L’opposition alerte sur les priorités nationales
Face à cette confrontation au sommet de l’État, l’opposition exprime une inquiétude d’une autre nature. Dans un contexte marqué par une dette publique massive et des difficultés économiques croissantes, aggravées par les répercussions du conflit en Iran sur les marchés internationaux, plusieurs voix appellent à l’unité nationale plutôt qu’aux querelles internes.
« Au lieu de mobiliser l’ensemble des énergies pour susciter un sursaut national et faire face aux problèmes, Sonko et Diomaye ajoutent de la division. Ils constituent aujourd’hui des problèmes au lieu d’être des solutions », a déclaré Thierno Alassane Sall, député non inscrit.
La question qui s’impose désormais est celle de la durabilité du tandem Faye-Sonko, élu ensemble sur un projet commun en mars 2024, et dont la cohabitation semble aujourd’hui fragile. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la rupture est consommée ou si un dialogue interne peut encore éviter l’éclatement.














