Il y a des désespoirs qui cherchent une sortie par les flammes. Le 25 février dernier, une femme a franchi le seuil du greffe civil du Tribunal de première instance de Libreville avec, dans les mains, un allume-gaz et du carburant répandu sur les lieux — et dans le cœur, la rage froide de quelqu’un qui a tout perdu dans les méandres d’une administration introuvable. Son dossier foncier, disparu depuis 2022 sans laisser de trace, aurait été l’étincelle d’un geste aussi désespéré que dangereux. Une altercation avec des agents avait précédé son passage à l’acte, transformant un couloir de justice en théâtre d’une colère qui a failli tout consumer.
L’intervention rapide des agents du parquet présents au tribunal de première instance de Libreville a évité le pire. Aucun blessé, mais une frayeur collective qui a traversé le personnel judiciaire comme une décharge électrique. La suspecte a été neutralisée avant tout embrasement, interpellée, puis, et c’est là que le scandale commence, remise en liberté peu après. Une décision qui a mis le feu, cette fois symboliquement, au sein du Syndicat national des greffiers. Le Synagref a immédiatement réuni ses membres en assemblée générale au Palais de justice et déclenché un mouvement d’humeur de trois jours, sonnant l’alarme sur une insécurité croissante que les institutions semblent traiter avec une indifférence coupable.
Le président du Synagref, Me Christ Ghislain Ndong, n’a pas mâché ses mots, dénonçant un « scandale pénal » retentissant et pointant du doigt le silence assourdissant du parquet sur les suites judiciaires envisagées. Car sur le plan légal, les faits auraient pu être qualifiés de tentative d’incendie volontaire avec mise en danger de personnes, des infractions à caractère criminel qui, en situation de flagrance, autorisent des mesures privatives de liberté immédiates. Pourquoi cette mansuétude inexpliquée face à un acte aussi grave commis au cœur même du temple de la loi ?
Les greffiers réclament des mesures concrètes de protection et une clarification urgente du ministère public. L’enquête se poursuit. Mais la question brûle déjà : qui protège ceux qui gardent la justice ?














