Le corps repêché dans le canal de Reims vendredi 27 mars est celui de Mathieu Moubamba Mouity, jeune Gabonais de 18 ans disparu depuis le 16 mars. Le procureur de la République a confirmé un suicide. Sa communauté, sous le choc, appelle à briser le silence autour de la santé mentale.
C’est une confirmation que ses proches redoutaient depuis dix jours. Le vendredi 27 mars, peu après midi, des riverains alertent les secours après avoir aperçu un corps dans le canal de Reims, à hauteur du pont Flechambault, dans le quartier Saint-Remi. Pompiers et plongeurs interviennent rapidement. La victime est extraite de l’eau et identifiée dans l’après-midi : il s’agit de Mathieu Moubamba Mouity, étudiant gabonais de 18 ans, porté disparu depuis onze jours.
Disparu depuis le 16 mars, retrouvé trop tard
Arrivé en France en 2024 pour poursuivre ses études, Mathieu Moubamba Mouity s’était inscrit en première année de licence physique-chimie à l’université de Reims. Il avait quitté le domicile d’un ami le 16 mars pour prendre son bus et n’avait plus jamais donné signe de vie. Sa disparition avait été signalée aux autorités en début de semaine suivante, déclenchant une vive mobilisation au sein de la communauté gabonaise de la ville.
Le procureur de la République de Reims, François Schneider, a confirmé en fin d’après-midi que le jeune homme avait mis fin à ses jours. Aucune autopsie ne sera réalisée.
Un jeune homme déjà fragilisé
Ce drame n’était pas sans précédent. En septembre 2025, Mathieu Moubamba Mouity avait déjà disparu, laissant derrière lui une lettre exprimant des intentions suicidaires. Retrouvé sain et sauf le long du canal de la Marne par les forces de l’ordre, il avait alors été hospitalisé une semaine en service psychiatrique. Malgré cet épisode, le jeune homme avait repris le fil de sa vie étudiante, loin de sa famille restée au Gabon.

Ceux qui le côtoyaient au quotidien décrivent un jeune homme attachant, aux humeurs changeantes. Son colocataire témoigne : il était jovial et drôle, mais pouvait se refermer brusquement, plongeant dans de longs moments de silence et de pensées intérieures. Amateur de jeux vidéo, de musculation et d’urbex, Mathieu cachait derrière ses passions une fragilité psychologique que son entourage avait perçue sans toujours savoir comment y répondre.
Une communauté mobilisée, un message universel
Un rassemblement avait été organisé ce même 27 mars devant la faculté des sciences de Reims, quelques heures avant la funeste confirmation. Une vingtaine de membres de la communauté gabonaise étaient réunis pour maintenir la pression et montrer leur solidarité avec la famille, restée à Libreville. La découverte du corps, moins de trois heures avant ce rendez-vous, a transformé ce moment de mobilisation en recueillement collectif.
Ben Eloge Igwet, membre de la communauté gabonaise présent ce jour-là, a résumé l’état d’esprit du groupe avec des mots simples et forts : la famille de Mathieu n’est pas seule, et la dépression peut toucher tout le monde, sans distinction d’âge, d’origine ou de parcours.
Santé mentale des étudiants étrangers : un enjeu invisible
Le destin de Mathieu Moubamba Mouity met en lumière une réalité trop souvent ignorée : la vulnérabilité psychologique des étudiants étrangers, confrontés à l’isolement, à l’éloignement familial, aux exigences académiques et aux difficultés d’intégration. En France, les dispositifs d’accompagnement existent, mais restent insuffisamment connus des publics les plus exposés.
Si vous traversez une période difficile ou connaissez quelqu’un en souffrance, le 3114 — numéro national de prévention du suicide — est disponible 24h/24, 7j/7.




